
Alors...humour noir, ou poésie en couleurs. Que préférez vous?
Le gros tas plastifié vert a beaucoup trop mangé.
Il vomit.
Et les gens se cachent les yeux et
Font un détour
Parce qu'ils ont beaucoup trop mangé
Aussi.
Si proche…
Le silence de celles qui hurlent
Les murs de celles qui n’ont ni porte ni fenêtre
La résignation de celles qui n’ont pas le droit, seulement le devoir
L’humiliation de celles qui n’enfantent pas un mâle
La fatigue de celles dont les gestes harassants de labeur alourdissent les jours
…dont les pleurs de l’enfant lancinent les nuits
La vulnérabilité de celles que salissent les regards fauves
Le corps bâillonné de celles qui le vendent
La douleur de celles qu’on écartèle
Le corps mort de celles dont on a bien joui
La conviction de celles qu’on a convaincues à coups de coups
Le corps bleui de celles qui se protègent derrière un voile…
…de celles qu’un voile ne protège pas
La folie de celles qui n’ont pas d’autres fuites
L’absence de celle qui n’avait plus d’autre choix.
Sur le sable des déserts
Il est le trou, il est la vague
Aucun homme ne peut le regarder dans les yeux
Mais la femme voilée parfois s'éclipse
Lorsque la lune arrondit les chemins
Ses pas évitent les pierres endormies
Elle va lui parler en secret
La femme voilée s'assoit et chante la mélopée
Qu'il attend.
Le chant danse dans les reins de la femme, monte jusqu'à sa gorge, franchit l'enceinte de ses dents blanches, glisse sur les dunes...
Le Ciel s'est arrêté pour l'écouter
La Terre s'est arrêtée pour l'écouter
Ainsi ils se sont unis en silence
Le chant de la femme a trouvé trous et vagues
Alors elle ôte son voile
Et le serpent paraît
Leur échange est fait de la rumeur du sable
Du soupir du vent
Du clapotis de l'eau
Au lever du jour, les chameaux blatèreront
Elle reprendra son labeur quotidien
Le thé glougloutera dans les verres
Les hommes auront des éclats durs de voix
Si bien que la femme ajustera le voile sur sa bouche
Elle baissera les paupières et ses paumes pétriront le pain
Avec compassion et patience
Parce qu'ils ignorent ce qu'elle sait
Elle leur pardonnera, toujours.
Merci à Florence Derelli qui a accepté de me prêter l'un de ses dessins pour illustrer mon texte. Cette jeune femme fait preuve de beaucoup de talent. N'hésitez pas à aller voir son blog sur..http://florencedellerie.over-blog.com
La Bête sait ronger le bois tendre qui meurt. Elle jouit de sa souffrance et poursuit sa besogne. Et le bois s’évapore en tonnes de poussières pour flotter dans les airs ses dix mille étoiles. Rouges.
Des ombres exquises sont portées sur le mur. Silhouettes fragiles, elles pensent, au gré des rues, que leur vie éphémère a valeur de
cadeau pour la jeune fille obscure qui de son front brûlant fixe le plafond scène.
Au centre, le silence. Au centre, se devine le regard angoissé de la jeune fille obscure. Elle appelle de ses yeux le spectacle innocent de la rue, des autos mosaïquant son ciel. Refuge.
La porte de la chambre doit taire sa frayeur.
Les dix mille étoiles sont tombées sur le sol.. Les dix mille étoiles gisent et sanglotent à terre. Les dix mille étoiles forment une vaste flaque. Rouge.
La porte de la chambre tremble ; elle fait de son mieux, mais elle ne peut pas empêcher la flaque d’être rouge, de se répandre, d’étendre sa plainte obscure jusqu’au lit de Leïla
Et d’envahir la pièce
D’atteindre le plafond
De bousculer sur scène les ombres qui s’affolent
Et s’enfuient
Tu sais Leila ce qui se passe
Tu sais ce qui meurt sous ton toit.
Tu sais celle qui meurt à ta porte.
Tu sais que c’est un coup de trop, un coup de plus, un coup banal, qui la tue.
Tu sais aussi Leila, que tu ne peux plus vivre parce qu’elle ne survit pas.
Que tu ne vivras plus parce que la Bête amère
A toujours la main large
A toujours la main dure
A toujours la colère
Que tu es sans remparts
Contre un père
Le tien
...
Le tien
L'océan diluvien embrasse son ciel d’écumes
Pour jours d'hiver, embruns versés
Pour mains bleues ou blanches, son ressac.
Pour femme ramassée,
Inquiète,les ailes rauques.
Sauvage et investie,
Les algues salées.
Elle engrange. Voluptés.
Ce trésor bariolé de cueillettes.
Elle s'obstine, aime-moi, quand tout se tait
Le flux et le reflux des marées la tourmentent chaud
L'assaillent doux
Et l'amour dans son sillage.
Ne te réjouis pas
C'est vrai, mes yeux sont rouges,
Mais c'est que les embruns ont frappé mes paupières...
Ma mère cachait ses yeux gonflés
Mes petits frères avalaient lentement l'eau maigre de leur soupe.
Le vieux soc de mon père s'émoussait
Sur la multitude des pierres
Le dieu de ces landes désolées
T'a depuis longtemps oubliée,
Ma terre.
Les murmures de tes bruyères
Vibraient dans les harpes de nos pères
Insufflaient l'espoir sous nos peaux
Elargissaient les coeurs
Jusqu'à nos manches retroussées
Comme tu nous trompais! Oui, tu mentais
L'alcool servait à te faire taire
Ma terre.
La sueur des hommes au travail
N'a fait germer que le trèfle.
Nos os claquaient dans le vent froid.
Tu n'as réchauffé que nos morts
Tu n'as engraissé que les vers
Ma terre
Maintenant je te sais tapie
Sous les brumes de l'horizon
Entre le ciel et la mer
Je n'ignore pas que tu me guettes
Ma terre
Mais les vents du Nouveau Monde
Gonflent ma chemise
Comme une voile qui me pousse
Vers les grandes plaines.
Cesse de me narguer : si mes yeux rougissent
C'est le soleil qui se lève
A l'ouest
Sur de nouvelles terres.
Noir absolu. Silence.
Lent vertige. Elle sent. Le globe se fissure.
L’univers en suspens a tendu ses échos
Pour la regarder naître.
Les abîmes s’entrouvrent
La terre s’est fendue. L’obscurité est morte.
La femme lentement sort du ventre du monde.
Elle se dresse, lève la tête et les yeux.
Le souffle du vivant s’enfle dans sa poitrine
Et le cri silencieux affranchit l’horizon,
Appelle le Soleil.
Immobile et serein, de toute éternité,
Il entend sa demande.
Il l'écoute, la sait, l'entoure, l'investit
le feu tambour bat coeur fleuve roi recommence
Dans un sanglot de joie violente,
Elle est
Un bouquet de fleurs fausses
-Oh, les menteuses!-
Tente l'araignée
-Oh, l'intrépide!
Qui
niche au chaud et les accapare...
Mon doigt tout puissant
-Oh, le salaud!-
Arrache, avec délicatesse,
La toile emmoucheronnée
.
Je chanterai les jours, les années d'innocence
Je chanterai la joie des plaisirs retrouvés
La confiance et l'amour,
Je chanterai la paix
J'irai partout portant l'invincible nouvelle:
Le soleil s'est levé
Je verrai s'allumer
Dans les miroirs obscurs, l'étincelle qui croit
Au fond des yeux maudits, la tentation du bien
Au creux des amertumes, un apaisement lent
Alors j'irai m'asseoir sur le bord d'un chemin
J'appuierai mon dos las contre un arbre vivant
Je sentirai le vent, sa douceur sur ma peau
Son souffle qui tiédit
Refermant mes paupières
Et ayant accompli
Ce pourquoi je suis né
Je m'endormirai nu
La terre sera mon lit
Je deviendrai poussière.
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