Vraiment ? Je n’entends rien. Si, quelques gouttes peut-être, sur les toits. -LLueve una lluvia rosa…(Il pleut une pluie rose)
Que viennent faire ces mots d’espagnol dans mon demi-sommeil ? Des mots de l’enfance. Des mots de ma mère… -LLueve. Y el sol nunca se preocupa…(Il pleut et le soleil ne se préoccupe
jamais...)
Les mots murmurent dans ma torpeur. De quoi le soleil ne se préoccupe-t-il pas ? De moi ? Je m’en doute. Pourquoi se préoccuperait-il de moi ? Un dieu
indifférent et généreux. C’est à moi de m’incliner devant lui et de l’honorer. El sol nunca se preocupa de nada… surtout pas de la pluie. Je m’enroule dans mes draps et ma chaleur. Sous la couette
cocon, je m’abandonne. Ma mère…C’était une belle femme. Elle avait de longs doigts roses qui effeuillaient les pages avec une délicatesse souveraine. « Feuilletaient ». Non,
« effeuillaient », c’est beaucoup plus joli, plus évocateur. Une image de ma mère, au milieu des feuilles légères qui s’envolent. Ses calligraphies qu’un vent joueur éparpille, tandis que
son rire souligne l’inconstance des choses. -Llueve una lluvia rosa
Y una luz transparencia
Nace de tus movimientos suaves, Juliana…
(Il pleut une pluie rose.
Et une lumière transparente
Nait de tes mouvements gracieux, Juliana.) Oui maman ? Le soleil noir de tes cheveux fut si
rayonnant qu’il éclaire toujours ma vie d’adulte, et que je sais regarder la pluie avec sérénité.
-Silencio, querida. Tendras que madrugar manana. (Tais-toi, ma
chérie. Tu dois te lever tôt demain) Oui maman. Je me lèverai tôt. Et je regarderai la pluie rose couler ou le soleil, se levant sur Manhattan.
Derniers Commentaires