Mercredi 30 septembre 2009
Elle va. Vers la boutique-ilôt de vie dans la ville de poussière rouge, elle va, petite, menue,
la peau ivoire. Je la regarde passer. La lisseur de sa peau, de sa peau, de ma peau, cet autre rivage.
J'ai la peau ivoire et lisse, je me regarde passer, aller alerte vers cette boutique lingère. Porte ouverte. Main bavarde et bondissante de la marchande. Et mes
boucles brunes, si brunes taquinent l'épaule coton de ma djellaba .
Dès le seuil franchi ... un vol libre de femmes; elles tourbillonnent dans l'air qui les attire, les caresse, et leur murmure peut-être la vérité: qu'elles sont
belles entre ces murs complices. Un voile tombe, une femme s'effare de s'entendre rire à se sentir portée par la vague des souffles qui envolent la lingerie. Petites culottes, ailes de dentelles,
sirocco de soutien-gorges. Tu crois que je peux l'essayer. Bien sûr, certainement. Oh à ravir, à ravir, faite pour vous!
La peau ivoire, petite, menue, sort de la cabine, je sors , elle sort de toutes ses boucles brunes. Que fais-tu là, maudite? Une main d'homme autour de mon
poignet. Maudite. Mais ils sont deux, ou trois et leur grand oeil de ténèbre m'accuse d'avoir la peau trop lisse. Maudite, mais qu'as-tu fait là? Me condamne. La pièce close se tait
pesamment. Aucune porte. Aucune fenêtre. Les murs ont épaissi, les murs ont rétréci. La peau ivoire ne sait que sa faute et les doigts de l'homme comme un étau qui broie son poignet. Elle pleure
et je sens ses larmes couler sur mes joues. La peur tord son coeur qui m'oppresse. Elle suffoque. Le temps infime du Châtiment Divin.
Elle se remémorera le turban, les barbes noires, un hachoir et deux doigts qui tombent comme une araignée morte dans la poussière rouge d'une rue où tous se cachent
pour l'observer.
Mais rien ne l'empêchera, rien. Index, majeur. RIEN ne m'empêche jamais de donner des ailes, aux enfants en ouvrant vers eux, simplement, la paume de ma
main.
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